Des bouddhistes désenchantés...

Ci-dessus : "disenchanted red", création artistique à partir d'un cliché photographique retravaillé avec des outils numériques, par Marc Bosche.
La nécessité de la transparence
Si certaines informations manquent souvent pour vérifier et corroborer celles dont on dispose déjà ce n'est pas un hasard : c'est que la loi de la discrétion a prévalu, et que l'appel de Dharamsala de 1993 http://pema.free.fr/ldl01.php3 de Sa Sainteté le dalai lama, rédigé en colaboration et signé par 22 moines et enseignants aux mains propres n'a pas encore été suivi vraiment des faits. Ils appelaient à la transparence et à l'exposition des maîtres au comportement non éthique en des termes explicites. Mais bien peu ont osé parler, depuis, en France, même si les mondes anglophones puis germanophones ont été plus sincères, plus loquaces et plus précoces à cet égard. Voici un extrait de cet appel de Dharamasala (intitulé Lettre ouverte à la communauté bouddhiste) de mars 1993 désormais bien connu dans le monde du bouddhisme et qui fait souvent référence en matière d'invitation à la transparence :
"Chaque élève doit être encouragé à prendre des mesures responsables pour confronter l'enseignant avec les aspects de son comportement qui contreviennent à l'éthique. Si ce dernier ne montre aucun signe de réforme, les étudiants ne devraient pas hésiter à rendre public tout comportement contraire à l'éthique dont il existe une preuve irréfutable. Ceci devrait être fait sans égard aux autres aspects bénéfiques du travail de l'enseignant et du dévouement spirituel qu'on peut ressentir pour lui ou elle. Il devrait être très clair dans toute publicité qu'un tel comportement n'est pas conforme aux enseignements bouddhiques. Peu importe le niveau d'éveil qu'aurait atteint un enseignant, ou qu'il prétendrait avoir atteint, personne ne peut se situer au dessus de la norme de la conduite éthique. Afin de ne pas entacher la réputation du Bouddhadharma et d'éviter de faire du mal aux élèves autant qu'aux enseignants, il faut que tous les enseignants vivent au moins selon les cinq préceptes laïcs."
L'essentiel est dit : le milieu bouddhiste qui a gardé les mains propres a intérêt à ce que le ménage soit fait, que la lessive soit lavée. On ne peut pas lui reprocher de craindre par ailleurs que les couleurs flatteuses du bouddhisme théorique passent un peu au lavage, ou que ses rinpochés rétrécissent un peu.
Et si nous n'avons encore eu aucun commentaire désobligeant sur ce présent site, c'est que chacun en a bien conscience, sans pour autant pouvoir toujours faire le nécessaire, car parfois chacun se sent lié à d'autres par la loi du samaya initiatique (secret tantrique), les intérêts communs, l'impact redouté sur l'image du bouddhisme et sur la fréquentation de ses centres, etc. Mais tous ceux qui pratiquent avec sincérité et honnêteté, qui n'ont pas d'intérêt financier engagé, ne sont pas mécontents qu'on dise les choses. Ils n'ont aucune envie qu'on les associe à des pratiques non éthiques. Et il sont nombreux à visiter ce site, et ceux cités dans la page des liens utiles... A l'initiative de l'appel de Dharamsala la "lessive" indispensable a quand même commencé et les bouddhistes occidentaux la font "en famille", au prix d'un inévitable désenchantement. C'est un moindre mal que le joli rouge des couleurs se soit un peu fâné, l'essentiel est que le linge soit propre.
Le reflux de la mode a commencé
D'un
strict point de vue anthropologique : que la déception
du
sympathisant soit au bout du chemin n'ôte rien à
l'intérêt heuristique
d'une recherche, bien au
contraire. Ces observations m'ont réellement
apporté de
grandes satisfactions, car je ne m'attendais pas du tout à
ces
résultats, ni même à être
surpris ! Que
cette surprise soit un désenchantement a des
conséquences
: mon attitude initiale de sympathie pour le bouddhisme en
général
a bien reçu ici où là des
démentis sans
appel à l'issue d'observations attentives.
Ainsi si mes
propos tentent d'être amusés et
édulcorés,
si je recours à la dérision, c'est que la
réalité
aujourd'hui des dérives dans certains mouvements du
tantrisme
bouddhique est moins amusante (sans toutefois aller jusqu'à
enfreindre clairement nos lois républicaines)...
Par
des correspondances privées et personnelles je suis souvent
en
contact avec les témoignages d'anciens adeptes ou pour dire
les choses plus poliment : d'anciens sympathisants engagés.
A
leur lecture il me semble que l'ère
post-tantrique
semble avoir déjà commencé en Europe !
Le
tantrisme bouddhique y est implanté depuis le milieu des
années 1970, et trois générations se
sont
désormais frottées ou se frottent à ce
monde et
à ses organisations.
Nous n'en sommes plus à l'heure
de l'expérimentation comme dans les années 80
mais
à
l'heure des premiers bilans, voire des bilans ou des dépôts
de bilan !
La réalité est au delà de
la fiction, les dérives sont allées ici ou
là au
delà de l'imagination, et le public le découvre
petit
à
petit. Il l'apprend des intéressés
eux-mêmes
lorsqu'ils font des bêtises avec leurs disciples occidentaux
et
lorsqu'ils défrayent la chronique ici où
là.
Nous n'avons même pas besoin de le faire sur ce forum. Ils
s'en
chargent !
Une mosaïque d'écoles
Le
bouddhisme n'est pas une église mais une mosaïque
d'écoles qui ne partagent ni les mêmes structures,
ni
même les mêmes rites. Il est donc difficile
d'imaginer la
régulation que vous proposez entre des mouvements aussi
divers.
Dans notre démocracie le droit de pratiquer la
religion est inscrit dans la constitution et
protégé
par la loi. Nul ne peut y attenter même au nom de
principes.
Quand les pratiques restent dans la légalité,
on ne peut les critiquer au risque d'attenter à la vie
privée
et au droit fondamental reconnu à chacun de pratiquer la
religion de son choix. Et si la loi est enfreinte, il n'est plus
question de discussion, mais de témoignage, et si nous
avions
de telles évidences, ce serait vers la justice et non vers
les
forums Internet que nous devrions nous tourner pour demander que cela
cesse...
Comme vous le voyez l'espace d'expression est
naturellement étroit, sa marge limitée, mais ce
petit
espace n'en est que plus intéressant... Du moins
j'espère...
L'habileté de certains systèmes
tantriques est d'obtenir intelligemment le consentement
des
adeptes. Ce sont ces derniers qui se donnent alors
éventuellement
l'amère potion de la dévotion, du sacrifice de
leur vie
personnelle, relationnelle, de leur vitalité, voire de leur
vocation professionnelle. Et lorsque se dissiperont les mirages de
l'engagement, ils ne pourront s'en prendre le plus souvent
qu'à
eux-mêmes. Quinze ou vingt ans, voire vingt-cinq
années
auront passé (il faut au moins ce temps pour faire ce type
de
bilan). Les choses auront changé, et ils n'auront
même
pas la satisfaction d'exprimer leur colère. Le message
qu'ils
auront assimilé les en dissuadera, et les responsables qui
les
auront habilement orientés auront peut-être
été
remplacés par de nouvelles figures d'autorité...
Et
si nous voulions aujourd'hui, alors qu'il en est encore temps
dissuader telle ou telle jeune personne d'abandonner par exemple ses
études universitaires pour devenir
bénévole dans
un de ces centres, ce serait impossible, ou du moins très
difficile. Et si nous insistions, ce serait la victime
elle-même
qui nous reprocherait de faire intrusion dans la sphère
privée
de sa vie religeuse. Il faut ainsi laisser ces adeptes faire leurs
expériences, on peut très rarement leur en faire
l'économie. C'est seuls face au miroir du temps qu'ils
verront
ce qu'ils ont fait ou non de leur vie, et de leur(s) talent(s). Mais
bien entendu il sera trop tard pour revenir 20 ans en
arrière.
Leur vie sera donc ce qu'elle aura été : au
service
d'une pensée collective et toute faite de
système,
plutôt qu'au service de leur projet individuel et unique
à
découvrir progressivement.
Des
pratiques répétitives et conditionnantes
A
y regarder de plus près 111 111
répétitions d'un
mantra, d'un geste rituel ou d'une prière au gourou ce n'est
pas rien à l'échelle d'une vie. Tout publicitaire
serait certainement enchanté de disposer ainsi d'un tel plan
media pour promouvoir ses chips ou ses sodas. Les
préliminaires
sont au nombre de 5 : prosternations, prière de prise de
refuge, purification par le long mantra de Vajrasatta en 100
syllabes, offrande du mandala, prière au gourou. Chacun doit
être répété 111 111 fois
avec les
visualisations ad hoc. C'est beaucoup. 111 111 expositions au
même
message représenteraient aussi environ 100 expositions par
jour pendant 3 ans, ou 10 par jour pendant 30 ans. Et, comme il y en
a 5, les préliminaires tantriques correspondraient
à un
plan de conditionnement de 50
messages ciblés par jour
pendant environ... 30 ans. (Je
vous fais grâce des calculs
précis, c'est une simple approximation)
Il n'est donc pas
totalement surprenant que le lamaïsme utilise le format de la
répétition intensive d'un message uniforme, tout
comme
la publicité que vous dénoncez fort justement.
Mais
l'ampleur de ce rabachage n'est pas du tout négligeable dans
le cas du tantrisme, et doit avoir aussi des conséquences
sur
la psychologie de l'individu quand elle se produit dans le laps de
temps beaucoup plus court, de quelques mois à quelques
années,
généralement imparti à la
série des
préliminaires. Nous le saurons d'ici 20 ou 30 ans quand la
recherche en psychiatrie aura suffisamment de cas à sa
disposition, lui permettant d'élaborer de nouvelles
hypothèses...
Au nom du bouddha ?
Oui,
il faut balayer devant la porte, reconnaître les
dérapages,
lorsqu'ils sont au présent, ou lorsqu'ils se reproduisent
à
l'identique d'un passé récent.
Des entreprises
modernes, pourtant commerciales et intéressées
exclusivement par le profit, s'engagent sur la qualité
de
leur service, le zéro
défaut, le remboursement de
la différence, la garantie étendue, le contrat de
confiance. Votre écran a cinq pixels morts ? On vous le
remplace par un neuf. Si le monde du business est capable de donner
l'exemple, alors que ses valeurs morales sont souvent
décriées,
pourquoi le monde de la spiritualité bouddhiste ferait-il
moins bien ? Pourquoi accepterait-on des déceptions, voire
des
promesses fallacieuses, qu'on n'accepte pas de son marchand
d'automobiles ou de son fournisseur d'accès Internet ?
Pourquoi les églises, les centres du Dharma, les
maîtres
ne seraient-ils pas aussi responsables
(accountable) devant
leurs usagers, puisqu'ils se sont structurés selon les
mêmes
lignes que les autres institutions (associations aux statuts
enregistrés, facturation des services,
vérification des
comptes, boutiques commerciales en périphérie et
congrégations cotisant aux caisses sociales...) ? Il n'y a
aucune raison que
le bouddhisme qui se targue de hautes
valeurs, de véhiculer la paix et la
sérénité,
fasse moins bien que les institutions moins prestigieuses d'un point
de vue spirituel. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux :
incarner la spiritualité dans des institutions comme les
autres et ne pas en respecter les règles contractuelles,
sociales, sociétales.
A moins que le bouddhisme ne soit
qu'un discours, une sorte de méthode d'auto persuasion, une
rhétorique de la paix... Je sais, je ne le pense pas non
plus
en cet instant, mais nous devons bien être certains qu'on n'a
pas vidé de son contenu cette bonne sagesse antique du
bouddhisme pour la remplacer par une sorte d'idéologie
clé
en main au service de ceux qui en contrôlent le discours et
les
promesses attractives, ainsi que le circuit économique, et
ses
quelques bénéfices directs et indirects...
Rappelons
que si Renault ou Apple vendent des produits qui nécessitent
beaucoup de travail, beaucoup de soin, beaucoup de mise au point, des
lamas, au hasard, reçoivent des donations pour quelques
paroles de bon aloi prononcées du haut d'un haut
trône
de contreplaqué laqué Glycéro
vermillon... Un
business virtuel où l'on vendrait des promesses au prix d'un
coûteux service de haute technologie (votre abonnement
Internet
pour un mois coûte moins cher qu'une seule journée
passée à écouter un enseignant
bouddhiste
répétant un vieux commentaire de texte dans un
centre),
cela peut tenter des gens pressés. De l'argent facile, du
pouvoir, des portes qui s'ouvrent dans les milieux branchés
et
les medias, cela peut intéresser aussi des marchands de
sable,
de vent, de chanson. Alors à chacun de vérifier
s'il
touche à de l'authentique ou à du vent... Mais
dans
notre époque les probabilités sont
plutôt du
côté
de la déception...
Si
les secrets d'illumination de Véronique Jeannot [l'actrice
publie, rappelons-le un livre sur "le chemin" (spirituel
tibétain)] constitue pour certains un viatique valable, ce
n'est pas moi qui gâcherait leur innocent plaisir
spirituel...
S'il ne s'agit que de consommation de loisirs
spirituels, s'il ne s'agit que d'aller au centre du Dharma recevoir
l'initiation du karmapa numéro bis en famille (compter
à
vue d'oeil près de 100 euros, voire davantage avec les
sandwiches et les cocas des enfants, car on vous demandera
d'adhérer
à l'association et de payer pour la carte en plus de
l'initiation) après avoir visité Padirac, le
Thot, et
la vallée de la Vézère, un beau jour
du mois
d'août, alors je me tais... Après Disneyland,
bienvenue
dans les nouveaux parcs d'attraction spirituelle ! Et n'oubliez pas
de passer à la boutique dharma acheter une cloche, un peu
d'encens feuilles d'automne et le dernier livre de Véronique
Jeannot ! (J’avais entendu dire, il y a quelques
années
déjà, que la boutique de ce centre de Dordogne
était
aussi la librairie qui faisait le plus fort chiffre d"affaires
de tout le département. je ne sais si c'est toujours
d'actualité). Bienvenue ainsi à EuroBouddhaLand !
Faites chauffer votre carte bleue. Mais vous n'avez aucune garantie
que le grand huit (l'octuple sentier) ne s'est pas
déjà
disloqué !
Les
Occidentaux qui se sont aventurés vers le lamaïsme
l'ont
fait sans garantie,
comme Milarepa avec Marpa selon le
récit
qui nous est parvenu, en quelque sorte. La faim, le besoin, l'attente
étaient tels qu'ils n'ont rien demandé en retour
et ont
parfois signé le chèque en blanc de leur vie ;
comme
ceux qui ont tout quitté, situation, conjoint, biens
matériels, pays natal pour ce voyage
occidentalisé du
tantrisme bouddhique, et que nous avons connus. Un comportement
d'impulsion en somme comme il existe des achats d'impulsion
irrépressibles...
Ici et là des
observateurs persistent à penser que la
naïveté,
la candeur et l'ignorance de toutes ces questions par les Occidentaux
convertis au tantrisme ont quand même
été
largement utilisées par des
maîtres spirituels du
tantrisme bouddhique qui en ont surfé la vague sans
attendre,
peut-être sans culpabilité. Ils ont
accepté ce
qui leur était donné par les Occidentaux : leur
confiance, leur foi (pour reprendre votre mot), et leur ont fait
partager leur connaissance de ces pratiques. Dans le processus, y
a-t-il pu avoir "abus de faiblesse et d'ignorance de personnes
en état de sujétion mentale" comme certains
dérapages l'ont suggéré et dont nous
avons
parfois rendu compte sur le forum ?
Personne n'obligeait ces
Occidentaux à donner ainsi leur vie pour un rêve,
tout
comme personne n'est obligé d'acheter ce qu'il vient de voir
à
la publicité télévisuelle ou au
téléachat.
Cet argument est d'ailleurs souvent employé par les
tantrikas
eux-mêmes, il me semble l'avoir entendu
déjà
plusieurs fois, sous des variantes lorsqu'il y a un problème
pour un disciple abusé par exemple : personne ne l'a
obligé
à croire à la sainteté de tel ou tel
maître,
ou à donner sa force de travail, ou son argent...
Sous-entendu
: s'il est si naïf, c'est son affaire. Et s'il a perdu la
partie, tant pis pour lui. Personnellement je suis toujours autant
choqué de cette vision ci-dessus des choses où
c'est
toujours la faute à celui qui se fait rouler, vision des
choses que je reconnais avoir d'ailleurs un peu caricaturée
ici.
Il est difficile d'exiger des "maîtres" une
garantie de service spirituel pour les Occidentaux, car leur
désir
de spiritualité fait de ces derniers des papillons de nuit
comme subjugués par la lumière d'une lampe. C'est
leur
propre aveuglement qui est en cause. Les lamas auraient
été
avisés de ne pas en profiter, mais ils étaient en
position de le faire, en position de force.
Si
l'on rencontre vraiment de l'authentique, il ne faut pas jeter le
bébé avec l'eau du bain. Ses disciples auraient
regretté d'avoir manqué la rencontre de ce vieux
lama
que j’ai bien connu et qui a à sa
manière
changé
leur vie. Mais en revanche, la plupart auraient bien jeté
l'eau du bain de la rencontre d’autres disciples plus anciens
et donc en position d’autorité. Hélas
pour eux,
ils ne pouvaient pas : ils s'engageaient auprès du vieux
maître, mais se retrouvaient à devoir
répondre
devant ses proches disciples, qu'ils n'avaient pas choisis comme
maîtres... Dans l'ensemble ce proche aréopage
était
constitué de gens tout à fait corrects, voire
tout
à
fait valables. Mais il est parfois possible qu'un pervers narcissique
(un seul suffit),
qu'une personne avec des désordres de
violence perverse, aimant particulièrement le pouvoir et les
auto visualisations improvisées de protecteurs
courroucés,
se trouvât discrètement incluse dans ce groupe, et
là
les choses devenaient difficiles pour certains des nouveaux parmi les
plus vulnérables qui devaient passer sous ses fourches
caudines, je devrais dire : sous son couperet de Mahakala... Au nom
du vieux lama sage et bon, ils devaient vraiment endurer l'enfer
d'une relation avec cet autre tantrika senior aux pratiques
indétectables, qui vivait discrètement sans doute
ses
pulsions de violence perverse à l'aide des auto
visualisations
courroucées et musclées... A
l'extérieur on ne
voyait pas l'essentiel, puisque on ne percevait que la
personnalité
caractérielle, ses crises de colère, son
autorité
abusive, mais on pouvait deviner aux effets produits sur les
malheureux, que quelque chose de plus leur était aussi
imposé... Quelque chose dont les victimes n'avaient souvent
pas la moindre idée.... Il leur a fallu plusieurs
années
pour se reconstruire et certain(e)s ne savent toujours pas ce qui
leur a été fait pour endurer une telle souffrance
subtile qui est pour eux (elles) toujours inexplicable... (J'ai mis
aussi au féminin car ce tantrika s'en prenait
prioritairement
aux femmes.)
Dans un autre registre du dérapage : voici
cette petite devinette qui m'a été
posée par une
personne qui a bien connu celui qui organisait à une
époque
les déplacements d'un célèbre
rinpoché,
que nous appellerons T.
Selon cette source, quelles étaient
les trois conditions pour que T. acceptât de venir donner une
conférence dans un groupe du Dharma ? Il s'agissait
vraisemblablement de déplacements à
l'intérieur
des U.S.A., où l'orateur allait dans quelque ville, faire
une
conférence ou une causerie, et passait au moins la nuit sur
place. L'anecdote ne vaut également que pour la
période
concernée :
"
Five hundred dollars, a bottle of whisky, a woman."
La
version rock'n roll du triple refuge, en somme !
Un livre récemment traduit en anglais pourrait bien faire office d’électrochoc pour la génération X
Note de lecture du livre de Victor & Victoria Trimondi : THE SHADOW OF THE DALAI LAMA : Sexuality, Magic and Politics in Tibetan Buddhism (Translated by Mark Penny)
Un couple d’intellectuels autrichiens (résidant en Allemagne) a signé un document de plus de 800 pages (paru en allemand en 1998) qui pourrait bien, depuis qu’il est disponible en texte intégral sur Internet dans sa traduction anglaise, faire l’effet d’un électrochoc sur la génération X.
Après la mode du nouvel âge des années quatre-vingts, les quadras, les quinquas et les sexagénaires d’aujourd’hui s’étaient en quelque sorte repliés sur le message et le sourire du dalaï lama comme une alternative possible aux désillusions des idéologies et de leurs doctrines en « isme » (christianisme, marxisme, maoïsme, situationnisme, etc.) Ce livre essentiel pourrait ainsi signaler, voire précipiter le déclin de la mode du tantrisme bouddhique d’origine himalayenne et des enthousiasmes, des attentes et des illusions que cette vague avait suscitées en Occident. Décodant méthodiquement la mythologie du dalaï lama, sans jamais céder aux tentations de l’amalgame, c’est toute la structure du lamaïsme en Occident qui par un effet de dominos, pourrait ainsi commencer à être exposée pour la première fois à un véritable examen.
Cet ouvrage délivre un choc à sa lecture, quelque chose d’absolument nouveau qui n’a pas d’égal dans des publications sur le bouddhisme souvent redondantes et plus complaisantes, car issues à l’intérieur même de ses spiritualités.
La transformation irréversible qu’induiront probablement les informations cruciales contenues dans ce livre chez les lecteurs ne sera pas sans conséquence (on peut vraiment parler de découverte). Après la lecture de cette enquête érudite et approfondie, nombre de sympathisants pourraient se donner la permission d’un autre regard sur leur monde spirituel qui semblait pourtant aller de soi tellement il paraissait bienveillant. Ouvrir enfin le débat sur les fondements sexuels, magiques et politiques du tantrisme bouddhique, sur les non-dits de sa pratique est sans doute ce que réussit ce livre, à défaut de nous donner toutes les clefs de son monde intérieur.
Nous baignons dans cette idée partagée que le tantrisme bouddhique est bon et que le dalaï lama est excellent. Après la lecture de ce volumineux document d’enquête, extrêmement érudit et détaillé, cet aimable stéréotype disparaît pour laisser la place à de sérieuses questions. Les auteurs ont pris beaucoup de temps, et ont véritablement investi beaucoup de leur expérience et de leur intelligence pour nous permettre de comprendre ce qui est en jeu. Leur ouvrage comporte deux parties principales. La première est consacrée aux décodages des textes de Kalachakra, et aux pratiques sexuelles et magiques qu’ils proposent (le rituel en tant que politique). La seconde montre comment ces notions s’appliquent dans le cadre d’une habile métapolitique de la part de Sa Sainteté (la politique conçue comme rituel). Les deux auteurs sont particulièrement à l’aise sur ce terrain, et cette partie approfondit la précédente.
Derrière les apparences plaisantes et rassurantes d’un culte du bouddhisme tantrique dirigé par le dalaï lama, la réalité serait autre, une inversion des valeurs se produirait (chapitre IV). À l’issue des chapitres VI et VII, l’analyse poussée des textes du rituel de Kalachakra, et de leur signification, amène le lecteur à ce constat : le monde des superbes mandalas de sable colorés, des sourires avenants du bouddha vivant sur la scène médiatique sont une apparence, voire la couverture de ce que nous ne devrions pas voir. Et ce que nous ne devrions pas voir le livre nous le donne à comprendre, à entrevoir, puis vraiment à voir.
Le constat est pour le moins accablant. À la lecture des chapitres I à V, la doctrine collective du tantrisme bouddhique révèlerait une possible dimension de victimisation subtile. Le sacrifice de leur corps, de leur parole et de leur esprit au gourou, serait chez des adeptes le secret de la puissance et du rayonnement de celui-ci. Mais bien sûr les disciples ne découvriraient la prédation symbolique (et parfois vitale, selon les auteurs) que de l’intérieur, et on le suppose : trop tard, faute d’une transparence de la doctrine. Les plus exposées seraient les femmes, dont l’énergie douce, spirituelle et fine serait recherchée par certains « maîtres » du tantrisme bouddhique, qui sont le plus souvent des hommes.
Le livre ne nous épargne aucun détail. Nous découvrons par le menu les humiliations que peuvent subir des partenaires féminines selon les textes rituels : parfois une dizaine de prostituées pourrait être recrutée simultanément pour le cycle d’initiations secrètes offertes à un maître de Kalachakra, pour ce qu’il ne faudrait pas qualifier ici de grande orgie ritualisée. Selon les traductions du rite qui sont commentées, le gourou et ses proches disciples peuvent éventuellement se livrer ainsi à tour de rôle aux initiations sexuelles en dehors des grandes initiations collectives et dans ce public confidentiel.
Le lecteur sera stupéfait de découvrir au chapitre VI que ces initiations pourraient inclure pour les proches disciples masculins qui y sont invités la dégustation de sécrétions organiques, que le bon goût et la décence nous empêchent de nommer ici, considérés comme des « nectars » de « grande félicité ». Pour cette raison ce livre doit être déconseillé à des personnes très jeunes ou sensibles. Les auteurs ne font ici aucune allusion à la vie privée du dalaï lama, et il n’y a pas d’insinuation à son sujet. L’ouvrage se contente de tenter de décrypter méthodiquement les textes du rituel de Kalachakra dont ce dernier s’est fait l’ambassadeur dans le monde entier, en particulier en Occident. En effet, le rite peut être également abstrait de tout acte corporel. Un doute subsistera naturellement chez les lecteurs quant à l’innocuité de pratiques, même visualisées, de par leur atmosphère lugubre et un imaginaire que les auteurs qualifient de misogyne selon nos actuels standards.
On le répète : les conséquences de ce livre sur notre prise de conscience en Occident seront très probablement durables et profondes.
La doctrine que prône le dalaï lama serait en fait à géométrie variable, et saurait ainsi rassurer et séduire divers auditoires, en particulier Occidentaux. Elle serait œcuménique, interreligieuse et interculturelle avec ces derniers, les attirant par un discours consensuel. Mais cette doctrine s’articulerait à l’intérieur autour d’un noyau secret, dur et stable, conservateur et préoccupant, si l’on est un citoyen du monde attentif à l’éthique, au respect des autres et à la démocratie.
Après étude des textes classiques, l’ouvrage pose la question de leur fondamentalisme au sujet de la doctrine de Shambhala (chapitre X) que prône le dalaï lama. Dans cette doctrine quasiment apocalyptique – et qui apparaîtra aux plus raisonnables comme une eschatologie voire une mégalomanie, les guerriers de Raudra Chakri, le grand Kalki du royaume de Shambhala, identifié peut-être à une émanation future de sa sainteté, seraient bientôt supposés faire une guerre sans merci à leurs ennemis. Selon les textes traditionnels étudiés, le but de cette conquête serait l’établissement d’une bouddhocracie sous la férule d’un souverain tournant la roue de la loi, un monarque Chakravartin. Cette mythologie de Shambhala affirmerait que seraient ainsi « réincarnés » d’ici quelques siècles pour cette lutte sanglante tous ceux qui auraient reçus dans quelque vie antérieure l’initiation de Kalachakra (que donne fréquemment Sa Sainteté en Occident, et dans le monde entier, sous de vastes chapiteaux). Et qui seraient les ennemis à abattre pour tous ces guerriers flamboyants unis derrière leur monarque Chakravartin ? Devinez ! Ce serait les non bouddhistes, les peuples de la doctrine de l’Ancien Testament, de Jésus et de l’Islam, (« Adam, Enoch, Abraham, Moses, Jesus, Mani, Muhammad et le Mahdi » - Shri Kalachakra I. 154). C'est-à-dire, pour dire les choses simplement : vous et moi, en cœur de cible les peuples du Livre (Ancien, Nouveau Testament & Coran), ces peuples sémitiques où ces écritures ont fleuri, et plus particulièrement les peuples de l’Islam.
Que le nazisme entretienne de curieuses relations avec cette doctrine qui prône la supériorité d’un mythe de Shambhala éloigné des traditions religieuses, culturelles et sociales des « peuples du Livre », est donc l’objet du chapitre XII (deuxième partie), et c’est un sujet – ô combien polémique – qu’ils traitent aussi sans timidité excessive dans ce livre, comme dans un ouvrage plus récent « Hitler-Buddha-Krishna – Eine unheilige Allianz vom Dritten Reich bis heute » paru à Vienne chez Verlag Carl Ueberreuter en 2002 et dont on attend la traduction en anglais.
Pour les médias et les auditoires d’Occident le dalaï lama est écologiste, pacifique, progressiste et ouvert au monde d’aujourd’hui. Mais The shadow of the Dalai Lama présente aussi les contradictions de cette apparence. Dans d’autres cercles, avec d’autres auditoires, le discours du bouddha vivant n’est plus le même.
Par exemple la position sur la nucléarisation de l’Inde du dalaï lama serait contradictoire. Auprès des Occidentaux ce dernier se présente comme un farouche opposant de la bombe atomique. Mais pour ne pas fâcher les autorités du pays qui l’accueille en exil, il déclare publiquement son approbation aux essais nucléaires de l’Inde.
Ce qui rend leur document plus accablant, c’est que ses auteurs ne sont pas hostiles à la personne du dalaï lama. Ils le connaissent depuis les années quatre-vingts, et l’ont plusieurs fois invité en Allemagne, dès 1982, lors de vastes rencontres avec d’autres leaders d’opinion dans le cadre de rencontres interculturelles. Ils ont publié ses écrits dans leur maison d’édition, la Trikont-Dianus-Verlag et lui ont ouvert les portes de l’Autriche et de l’Allemagne, y compris à des niveaux officiels. Ils lui font d’ailleurs crédit d’un tempérament tourné personnellement vers la paix : « Peut-être est-il essentiellement une personne aimant la paix, à titre personnel, mais sans aucun doute représente-t-il une culture qui a été guerrière depuis ses origines et qui ne peut même imaginer admettre son passé violent, sans même parler de le reconsidérer. » C’est aussi la mythologie de cultures himalayennes qui est directement interrogée dans le livre (deuxième partie, chapitres IV à X). Au regard de leur histoire féodale et sanguinaire racontée dans The Shadow of the Dalaï lama, on est loin des clichés romantiques et colorés des livres d’images et des superproductions hollywoodiennes…
Voir le dalaï lama aux côtés de Shoko Asahara, le sinistre gourou de la secte Aum qui a fait gazer le métro de Tokyo au gaz sarin, est en soi une épreuve. Lire le chapitre XIII (deuxième partie) qui est consacré dans le livre aux liens, spirituels mais aussi financiers, dans la relation du dalaï lama et de Shoko Asahara est une des choses les plus incroyablement terrifiantes que l’on peut lire.
À ce propos il faut reconnaître à l’iconographie du livre ses mérites, les photos sont bien choisis et toujours pertinentes. En exergue de cette note de lecture, nous nous sommes permis d’extraire du livre The Shadow of the Dalaï lama la photo de Sa Sainteté, souriant au côté de Shoko Asahara, paradoxe qui devrait établir dans un certain embarras les voix qui ont jusqu’à présent véhiculé l’image très politiquement correcte du leader de la cause himalayenne. Mais au juste ne se tiennent-ils pas la main sur la photo ? On ne distingue pas très bien… Après tout un homme politique pose avec toutes sortes de visiteurs et peut se faire piéger, murmureront les sceptiques.
Si ce livre aujourd’hui disponible dans sa traduction anglaise était bientôt traduit en français, nul doute que ce serait une des bonnes ventes, mais aussi un défi pour ceux qui ont fait si facilement du bouddhisme en France le fond de commerce bienvenu d’une niche mercatique. Avec la diffusion de ce livre, une charge de la preuve incombera inévitablement aux « maîtres » officiels, mais aussi aux disciples et aux sympathisants qui auront maintenant à justifier point par point les aspects ambigus de yogas du tantrisme bouddhique ou à se distancier clairement de pratiques non éthiques s’il y en a. Car le dalaï lama étant l’un des lamas les plus estimés, il apparaît qu’a fortiori d’autres instructeurs, parfois moins réputés, seront sous plus haute surveillance avec les prises de conscience nouvelles qu’amènera le livre. Les associations et les groupes à vocation d’aide qui agissent en faveur de la cause tibétaine et des réfugiés pourraient avoir aussi à se positionner clairement vis-à-vis de ces nouvelles questions, maintenant qu’elles sont posées sur la place publique.
Initiations et stages payants, livres et invitations aux dons pour de nouveaux mouvements religieux : il est probable que dans certains des milieux concernés, et dans le lobby récent mais puissant qu’ils constituent, tout sera bientôt fait pour empêcher ou retarder l’édition en français, et que les pressions seront fortes. La plupart des lecteurs français ne lit pas l’anglais dans le texte, et cela permet encore que l’Hexagone n’ait pas été touché par l’électrochoc de « The Shadow of The Dalai Lama ». L’éditeur qui fera traduire le livre et le publiera in extenso ramassera la mise, certain d’une exposition médiatique exceptionnelle pour ce document. Alors, bientôt ou plus tard… D’ici là, il nous faut nous armer de patience, si on ne sait lire ni l’anglais de l’agréable traduction de Marc Penny, ni l’allemand de l’édition originale.
Prévoyez une grande place pour un prochain livre de l’été dans votre cabas, avec la baguette de pain, le camembert et la bouteille de vin. Sur la plage, vous pourrez probablement dévorer bientôt « L’Ombre du Dalaï Lama », sinon - semblent nous suggérer amicalement les deux auteurs - c’est elle qui pourrait bien dévorer l’occidentale candeur...
Pour approfondir :
Le site de Victor et Victoria Trimondi (en anglais et/ou en allemand) est à l’Url : http://www.trimondi.de
Le livre The Shadow of the Dalai Lama en texte intégral, traduction anglaise (Etats-Unis) de Marc Penny est disponible à l’Url : http://www.trimondi.de/SDLE/Index.htm
Faut-il croire à l’efficacité spirituelle des jolis mandalas de sable de Kalachakra que promeut le dalaï lama pour favoriser la paix dans le monde? Saviez-vous que l’un d’eux avait été constitué et présenté pendant un mois environ dans le lobby d’une des Twin Towers du World Trade Center (WTC1) quelques cinq années avant le terrible attentat qui allait détruire entièrement l’immeuble et prendre la vie de milliers de New Yorkais ? Une intéressante interview en anglais de Victor et Victoria Trimondi est présentée à l’Url : http://www.trimondi.de/EN/interv03.html
Les articles, les textes et les chapitres de "the shadow of the dalai lama" traduits en français sont disponibles à cette adresse Url : http://www.trimondi.de/francais/articles.fr..htm
Fictions spéculatives par Marc Bosche, copyright 28 mars 2006. Textes sous licence Creative Commons (copie autorisée pour usage non commercial). L'éditeur ne peut assumer aucune responsabilité éditoriale pour les liens externes proposés, ne connaissant pas nécessairement les arrières plans et les contextes des sites vers lesquels ces liens pointent depuis la présente page. Le fait de citer ces sources externes ne signifie pas que l'éditeur soit en accord avec toutes les opinions exprimées par ces sites externes vers lesquels des liens pointent.