
Crimes rituels ?
La violence rituelle dans l'histoire du bouddhisme himalayen
par Marc Bosche
« The only thing necessary for the triumph of evil is for good men to do nothing. »
(La seule chose nécessaire au triomphe du mal est l'inaction des hommes de bien.)
-- Attribué à Edmund Burke [1729-1797]
Le
blog "la vache cosmique" d'Arnagala
http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be
propose une discussion
intelligente et informée sur le shivaïsme du Cachemire
mais surtout sur le tantrisme, ses parentèles spirituelles, et
même à l'occasion un regard attentif sur le tantrisme
bouddhique. Il pose précisément la question des
pratiques courroucées ou hostiles du tantrisme bouddhique,
à
travers la lecture d'un livre récemment paru en langue
anglaise.
Extrait:
" Un
excellent ouvrage est paru sur l'histoire du Bouddhisme tantrique :
Tibetan tantric Buddhism in the Renaissance Rebirth of Tibetan
Culture, par R. M. Davidson, Columbia University Press, New York,
2004.
Un ouvrage exigeant mais passionnant sur les rapports
entre Tantrisme, éthique et politique. [...] Nous devons nous
interroger sur le caractère moral ou non de certaines
pratiques. Par exemple, celles de la "libération des
ennemis du Bouddhisme" - activité présente dans la
plupart des sâdhanâs tantriques -, ainsi que celle de
l'obéissance absolue au lama (ou gourou). L'histoire de la
transmission du Bouddhisme tantrique de l'Inde au Tibet est, à
cet égard, riche en exemples qui font réfléchir.
La "deuxième vague" de traduction des tantras,
débutée à la fin du IXème siècle,
s'est voulut une réforme morale, un retour à
l'éthique
de la non-violence et de la compassion. Pourtant, certain traducteurs
tibétains se sont servis des pratiques tantriques pour tuer
(c'est, du moins, ce qu'ils ont cru). Ainsi Ra Lotsâwa, l'un
des plus célèbres traducteurs tibétains du
XIème
siècle, a pu affirmer :
"J'ai tué treize
adeptes du Bouddhisme tantriques [vajrins], en tête desquels
figure Darma Dodé [le fils aîné de Marpa].
Même
si je dois renaître en enfer pour cela, je n'en ai point de
regrets.
J'ai pris cinq jeunes filles comme épouses
[tout en étant moine pleinement ordonné], en tête
desquelles figure Euser Boumé. Même si je suis
égaré
dans la luxure, je n'en ai point de regret". (cité p.
117).
Les tantras affirment en effet - conformément aux
sûtras du Grand Véhicule - que tuer un être
méchant en le faisant renaître dans une Terre Pure,
c'est faire preuve de compassion en le délivrant. Car ici,
délivrer, c'est anéantir. Mieux même, le
bodhisattva doit anéantir les êtres méchants
(entendez - ceux qui refusent de se laisser "dompter"),
tout comme il anéantit les mauvaises pensées et les
"vues perverses" (viparîtadrishti).
On
voit suffisamment comment l'obscurantisme et la volonté de
"faire le bien des êtres" se combinent ici pour
légitimer le meurtre. "
par Arnagala, blog
"la vache cosmique"
http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be
Des rumeurs persistantes de meurtres rituels
Non seulement ces textes anciens évoquent des crimes rituels, mais également des rumeurs persistantes et plus récentes y contribuent aussi. Récemment à dîner à la maison, un de mes invités se trouvait bien connaître les milieux du bouddhisme himalayen pour avoir longuement fait des voyages et des rencontres en Asie dans ces milieux. Il me confia que, selon la rumeur, il aurait existé dans le monde himalayen des pratiques de sacrifices rituels, les victimes auraient été sacrifiées avec le poignard rituel, le purba (qui par ailleurs donne aussi incidemment son nom à une divinité, Dordjé Purba, et à un rituel scriptural sans que cela ait forcément quelque rapport).

Dans Magie d'amour et Magie Noire Alexandra David Neel attribuait quant à elle à des cultes bonpo tibétain d'étranges rituels macabres. Une notice d'éditeur décrit ainsi ce livre : "Histoire d'amour et de mort où brigands et moines jouent un rôle, les plus effrayants n'étant pas ceux qu'on pourrait imaginer, Magie d'Amour et Magie Noire est donc un roman vécu. Alexandra David-Néel affirmait s'être contentée d'entourer les héros du décor physique et de l'atmosphère mentale dans lesquels ils se mouvaient." Il s'agirait donc bien de récits, narrés par Alexandra David Neel, à partir de faits réels recueillis par elle. C'est donc un ouvrage crucial également à s'offrir en Pocket ! http://www.alexandra-david-neel.org/francais/bibl2.htm
Ces rumeurs persistantes au sein du monde bouddhiste m'ont amené à aller regarder de plus près s’il existait des cas avérés de meurtres. Et après une brève recherche sur Internet, il semble qu'au moins 4, presque récents, soient déjà connus, faisant l'objet de publications.
Décapité au nom des dharmapalas
La
citation qui suit est, sous forme de bref extrait d'un enseignement
public à ses proches disciples, de Shenphen Dawa R., un expert
réputé du tantrisme bouddhique, c'est aussi le fils de
Dudjom Rinpoché, leader de l'école Nyingmapa. Il
s'exprime très directement. J'ai trouvé le texte
complet sur American Buddha. Dans le cas décrit ici une
personne a eu la tête tranchée par un inconnu dans une
sorte de "pratique rituelle" accomplie au nom des
dharmapalas, les protecteurs courroucés du tantrisme
bouddhique.
"Early one morning,
before the dawn light, Rinpoche (Shenphen Dawa évoque dans cet
enseignement des souvenirs de son enfance. Il
désigne ici son père par le titre
honorifique Rinpoché) was doing his practice around 3:00
or 4:00 a.m. In the
middle of his practice, someone came in and put something on the
table in front of him, and made a big noise in the dark.
So
Rinpoche goes looking for a torch -- batteries were brought from
Lhasa, and from there they came from China,
so who could afford them? -- finds it, and lighting it he finds a
fresh head cut off, with the brains intact. He immediately
realizes that it is the head of the brother who grabbed him by the
neck (le Rinpoché avait été menacé et
pris à partie la veille par un créancier, et sa
fratrie, pressés de recouvrer des fonds qu'il avait
prêtés
au Rinpoché, et ce créancier devenu colérique
avait proféré des menaces publiques contre le
Rinpoché). The protector could not bear to
see him humiliated, so he lopped that person's head off and brought
it to Rinpoche.
From that time on Rinpoche swore never to feel
any emotion, or show any emotion. He had been thinking, "Why did
that man treat me so badly?" He deserved it, but not in this
way. Two days later, another brother went completely crazy and
stabbed himself. Soon afterward, the third brother was riding his
horse and fell. Once a protector gets angry, he won't stop until he
cuts the entire family line. You might ask, "What logic is there
in hurting family members?", but I'm trying to tell you it goes
beyond logic.
So immediately, Rinpoche had to stop this, because
it was spreading to the other family members. So he told the parents
and relatives to come to the monastery and do prostrations in the
temple and ask for forgiveness. Rinpoche accepted their petitions for
forgiveness, then it was cut. It didn't get the father and mother,
but next it would have been the uncles.
The wisdom mind of the
dharmapalas is such that when people are cut, they are also
liberated. Don't forget this. It is not that they are suffering. The
dharmapalas have the right to take the life force away. The life
force we are talking about is a vitality which is in the grasp of the
dharmapalas."
Pour
lire une brève biographie de Shenphen Dawa Rinpoché :
http://nyingmapa.free.fr/interview_sdn.htm
Le
bref passage cité ci-dessus montre que la question a eu de
"l'intensité" pour Dudjom Rinpoché qui s'est
certainement posé beaucoup de questions suite à cette
mort horrible d'un disciple qu'il n'avait certainement pas
demandée,
ni souhaitée. Le trouble a dû être grand pour
Shenphen Dawa Rinpoché enfant qui a découvert très
tôt cette chose terrifiante. Enfin pour tous ceux qui ont
assisté à ces incidents de près ou de loin ce
crime horrible a dû poser beaucoup de questions. Ayons
surtout une pensée pour la victime réelle
elle-même,
lorsque quelqu'un lui trancha la tête au
nom du bouddha, afin
de ne pas accepter que ce genre de crime rituel puisse
bénéficier
d'un climat permissif aujourd'hui "au nom du tantra"
ou d'un lignage qui s'en inspire...
Nous ne pouvons certainement pas l'accepter, ni accepter qu'on le justifie, au nom de tel ou tel principe du tantrisme bouddhique, que ce soit le "karma" ou "la vision pure de l'activité éveillée des protecteurs courroucés". Nous aimerions beaucoup que tous les disciples occidentaux du tantrisme bouddhique soient toujours très attentifs à ne pas justifier l'inacceptable et l'horreur au nom de "valeurs" supposées inscrites dans ces "traditions secrètes" du vajrayana, et qu'ils le disent et l'écrivent sans ambiguïté, afin que le climat et l'atmosphère de ces pratiques en Occident s'en détachent très clairement.
La
question de la pratique du protecteur courroucé amène
à
évoquer cette sorte d'incident critique du Dharma, un point
d'achoppement sur lequel bien des blocs de significations
dépendent...
Et nous écrivons ceci parce
que, de ce temps, l'idée court toujours sur les forums et
dans des "centres du dharma" selon laquelle "il
n'y a pas de problème avec les pratiques courroucées"...
"c'est juste des métaphores, des images symboliques de la
compassion"... "Tout va bien..." Et bien sûr :
"vous vous faites des idées, vous projetez vos peurs et
vos propres négativités sur ces illusoires pratiques
d'éveil". Avec pour modeste corollaire : "Encore une
lubie à quelque râleur qui n'a rien compris !",
"son truc personnel, en somme !"
3 moines assassinés dans ce qui ressemble à un crime rituel
Afin
que nos visiteurs perçoivent que la victime à la
tête
tranchée du récit précédent n'est pas un
cas unique voici celui, d'ailleurs plus connu, mais jamais
élucidé,
des trois moines du dalai lama assassinés à quelque
distance de la résidence de sa sainteté à
Dharamsala.
(Extrait de Gouttes
de Rosée aux Jardins du Lotus)
"L'adepte
déviant de ces rites pourrait imaginer, hélas, que la
confusion avec cette silhouette terrible du protecteur noir lui
permettra de mieux affirmer son propre caractère... Il
pourrait tenter de dominer les autres, de les impressionner
secrètement, sous l’honorable prétexte de
pratiquer la transmutation des émotions à l'aide de
cette visualisation terrifiante... Induire la peur et l'intimidation
chez l'autre pourrait-il être recherché par cette
technique d’imagerie mentale ou d’autres encore ?
Plus
probable, la visualisation aberrante de meurtres symboliques,
imaginés, pourrait-elle un jour déboucher sur un
passage à l'acte chez un disciple fragile devenu
déséquilibré
ou fanatisé ? Pour les Guélougpas ce sujet est devenu
sensible, désormais. L'église du dalaï-lama est
aujourd'hui en conflit avec elle-même à ce sujet.
Les
supporters récalcitrants de la propitiation d'une effigie
courroucée, ont été en quelque sorte «
excommuniés » par le leader modéré qu'est
le dalaï-lama. Son apparence terrible est en effet
inquiétante.
Ce protecteur est représenté portant un collier de
têtes humaines fraîchement tranchées et vivant
dans un palais sur un océan de sang bouillonnant. Le
dalaï-lama a même affirmé publiquement que les
pratiques rituelles de certains de ces disciples pouvaient, dans une
certaine atmosphère d'hostilité, atteindre et menacer
sa propre longévité... On a peine à y croire.
À
New York une manifestation d'opposants américains, portant
pancartes et scandant mots d’ordre, a chahuté le
dalaï-lama, lors d’un voyage. Il ne s'agissait pas
vraiment de contestation politique, au sujet par exemple du Tibet,
mais bien de l'expression d'une faction qui a choisi le mode
d'identification courroucé qu'interdit aujourd’hui, sous
cette forme, le dalaï-lama à tous ses disciples... Ce
conflit a pris une dimension dramatique depuis que trois membres de
l'entourage proche du dalaï-lama qui s’étaient eux
aussi vivement opposés à ce culte furent retrouvés
assassinés à quelque cent mètres de la
résidence
de Sa Sainteté. Leurs corps dépecés,
poignardés
de très nombreux coups de couteau, avaient été
coupés d'une manière évoquant l'exorcisme
rituel."
Cette information a été également publiée par le magazine hebdomadaire Newsweek : “The three were stabbed repeatedly and cut up in a way that was like exorcism” (Newsweek, 5 May 1997, p. 43).
On peut en lire un compte rendu plus précis en anglais sur le site legal affairs http://www.legalaffairs.org/issues/May-June-2003/feature_kerasote_mayjun03.msp
"The door slammed open and six men burst in, knives flashing. Striking Lobsang on the head, his attackers slashed open his throat and stabbed him through the heart. The [2 monks] disciples rose from their stools and were cut down without mercy. In moments, the room ran with blood. Then the murderers fled into the night, leaving everyone to wonder why a venerated Buddhist lama, a colleague of the Dalai Lama, had become the target of such a crime. […]
To Westerners, the dispute, which focused on a deity called Dorje Shugden, seemed no more than an arcane doctrinal spat. For Tibetans, however, the consequences of the dispute were very serious. It was this dispute that raised a challenge to the Dalai Lama's previously unquestioned authority—and resulted in Lobsang Gyatso's murder.[…]
Within a few months the Dharamsala police tracked the murderers—young Tibetans between the ages of 25 and 35—to several Tibetan settlements in India, where they had been members of Shugden cults. In his death throes, Lobsang had wrestled a canvas bag from one of his attackers, who left the bag behind. Papers in it helped identify the assailants. Before they could be apprehended, though, they fled to Tibet and eventually to China, where they were given asylum."
Le
document en ligne
http://www.legalaffairs.org/issues/May-June-2003/feature_kerasote_mayjun03.msp
explique
précisément aussi l'histoire antérieure à
ce crime et précise son contexte et ses implications.
Plus
communément quand la passion se transforme en colère
En
animant un forum j'ai eu à suspendre un membre au comportement
devenu parfois un peu fantasque et "direct", de manière
à ménager les autres participants et la
sérénité
des échanges. Je ne donnerai ici aucun détail
permettant d'identifier ou de désigner cette personne, encore
moins de la nommer. J'ai donc pris l'initiative de ce "bannissement"
du participant, c'est à dire la suspension de ses identifiants
de connexion au forum.
Voici quelques extraits de courriels de
menaces privées (de coups et blessures, peut-être de
viol, certainement de diffamation publique et de meurtre) que j'ai
reçus ensuite.
Premier
email de menaces reçu (extrait) :
"Expédition
punitive : [...] à moins d'être rétabli dans
mes fonctions [...] sur le forum, le temps d'un droit de
réponse
légitime, je serai contraint d'aller moi-même vous
demander raison de vos propos, [...] dès les prochaines
vacances de février, muni d'une barre à mine afin de
vérifier l'état d'un matériel qui me
paraît
défectueux...
Votre
silence est déjà un aveu : à très
bientôt
donc !"
Deuxième e mail de menaces reçu
(extrait) :
"Hé, le
Défroqué, lis un peu ça : [...] J'en connais un
qui va se prendre un coup dans le derrière ! "
Troisième
email de menaces reçu (extrait) :
"[...] Droit de réponse, que j'ai dû solliciter au demeurant, mais vous savez où vous pouvez vous le mettre ? [...] En fait, [...] je vais venir lui casser la gueule mais [...] je vais désormais employer toute mon énergie à ruiner le peu de vie qui lui reste : carrière, famille... Tout va y passer, foi de [...] jusqu'à temps que tu ailles te réfugier dans une retraite de trois ans à perpétuité ! PUISSENT TOUS LES DEMONS DE L'HIMALAYA EXAUCER MA PRIERE ! On ne défie pas le Tantra Sacré en vain !!! Vive les crimes rituels ! "
Quatrième email de menaces reçu (extrait) :
"Circonstances
aggravantes. Je viens de lire le paragraphe "Plus communément
quand la passion se transforme en colère", que vous me
faites l'honneur de me consacrer dans CRIMES RITUELS sur
bouddhismes.info, rendant publiques au passage des informations qui
ne concernent que vous et moi.
Si vous n'y publiez pas sous les
plus brefs délais la lettre que je viens de vous faire
parvenir au titre du droit de réponse que vous m'aviez
accordé, j'ai bien peur d'être dans l'obligation de
devoir mettre à exécution les menaces, je dis bien
toutes les menaces, que j'ai pu proférer le mois
dernier et dont vous ne révélez, à votre
habitude, que quelques (extraits) [...].
Attention : je ne le
répéterai pas... et "fin février" va
être vie venu désormais."
Ce qui est significatif est qu'on puisse participer à un forum, puis finir par menacer une personne qui a eu le malheur de déplaire, de "crime rituel" au nom "de tous les démons de l'Himalaya" en risquant même : "on ne défie pas le Tantra Sacré en vain !!!".
Ce passage à la colère m'a paru significatif.
La personne à l'origine de ces menaces ne se rend pas compte qu'en France, ce n'est pas la loi du tantra, ni celle du plus fort, mais la loi républicaine qui s'applique dans ce cas aussi (ART.222-17 AL.2, AL.1 C.PENAL). La loi punit avec sévérité l'usage de la menace de mort, particulièrement lorsqu'elle est réitérée (ART.222-17 AL.2, ART.222-44, ART.222-45 C.PENAL), comme l'indique le témoignage complet de ce webmestre qui a porté plainte pour obtenir sanction et réparation - au pénal et au civil - dans une autre affaire de menaces de mort réitérées :
http://www.kitetoa.com/Pages/Textes/Textes/Ney/Apres-proces/index.shtml
Mise à Jour / nouveau. Sans que nous l'ayons sollicité, nous venons de recevoir (aout 2006) un email d'excuse de l'auteur des menaces. Celui-ci regrette son geste, avec politesse. Il a de plus décidé d'agir dans le sens d'une information plus grande sur les dérives éventuelles du tantrisme bouddhique et de publier des écrits informatifs. L'auteur ayant fait amende honorable, nous avons donc accepté ses regrets et avons donc nous aussi tourné la page. Nous l'aiderons de notre mieux à l'avenir à faire connaître son travail d'écriture dédié à l'information du grand public. C'est une très bonne nouvelle.
Le duel par le jeûne jusqu'à la mort d'un des deux protagonistes : inquiétante pratique de Mahakala
Sur
les dérives "jusqu'au boutistes" et l'utilisation
des protecteurs courroucés (ici Mahakala) dans des conflits
entre factions du tantrisme bouddhique, voici cette intéressante
lettre (en anglais) de Togpa Rinpoché de 1995 à
Gyaltsab rinpoché
:
http://karmapa-issue.org/politics/topgarinpoche1.pdf
On
y découvre que Togpa Rinpoché propose une sorte de
"duel" par le jeûne face à la statue de
Mahakala jusqu'à la mort (sic) entre deux responsables des
factions en conflit pour la succession du karmapa. On lira en
particulier à partir du bas de la page 3 et les pages 4 et
5.
Cette instrumentalisation des "protecteurs courroucés
hors du champ de la pratique saine de la méditation y est
explicitée par Togpa Rinpoché. Il propose dans ce texte
un jeûne jusqu'à la mort. C'est à dire qu'on est
bien en face d'une dérive explicite de pratiques du tantrisme
bouddhique qui devraient au contraire toujours rester tournées
vers la santé mentale et le bien être de tous.
Fort
avisé, Gyaltsab rinpoché n'ouvrira pas la lettre qui
ainsi sera retournée à Togpa.
[Fort tristement
ce dernier, qui affirme en substance dans le courrier que le
protecteur courroucé "punira de mort" celui qui a
"endommagé ses liens initiatiques", décédera
prématurément quelques années plus tard des
"suites d'une maladie".]
Ce courrier aujourd'hui
présenté sur ce site peut-il constituer a posteriori
une sorte de testament spirituel de Togpa rinpoché ? Il
révèle, en tout état de cause et très
officiellement, que les protecteurs courroucés (ici Mahakala)
sont bel et bien "invités" à "arbitrer"
la lutte entre les factions avec la mort d'un homme proposée
en issue.
N'est-ce pas là une bien étrange et
inquiétante manière d'envisager la quête de la
sérénité du bouddhisme ?
J'espère
que les visiteurs qui découvriront ce courrier comprendront
mieux en quoi cette instrumentalisation des pratiques de Mahakala
dans des enjeux sociaux, politiques, économiques et religieux
est ici explicite, et qu'ils se demanderont si elle ne serait pas
significative de l'état des lieux de cette tradition.
La
valeur de ce document est qu'il est détaillé, qu'il est
offert en version anglaise et tibétaine sur le même
document, qu'il provient du coeur d'un de ces lignages du tantrisme
bouddhique, et qu'il est disponible sur un de ses sites Web officiels
: http://karmapa-issue.org
Cette
lettre de Togpa Rinpoché vous paraît significative et
vous souhaitiez pouvoir y revenir ultérieurement ? Si la
législation en vigueur sur votre territoire national permet
explicitement ce type de copie privée, il serait une bonne
idée d'en garder un enregistrement sur votre ordinateur, car
il se pourrait que ce document polémique (et qui choquera sans
doute les lecteurs, comme il m'a choqué) ne reste pas
longuement sur le site officiel où il est aujourd'hui
publié.
Y a-t-il eu des sacrifices rituels d'enfants par ensevelissement (dans des buts de « protection magique ») lors de certaines cérémonies de consécration des fondations de monastères lamaïstes ?
Un texte de 1998 pose cette question, il est souvent repris sur le Web, mais il est difficile d'attester de ses sources primaires. Ce thème est abordé explicitement dans le premier d'une collection de plusieurs articles documentés, proposant une vision maoïste très favorable à la révolution culturelle chinoise et à l'occupation du Tibet.
Ces articles ne sont pas signés, ce qui peut d'ailleurs se comprendre si les auteurs, résidant par exemple aux Etats-Unis, craignent de s'exposer à des pressions à cause de leur engagement politique. Mais cela ne facilite pas la validation ou l'invalidation de ces propositions.
Il serait crucial, c'est-à-dire indispensable, de pouvoir retrouver les documents, sans doute des articles ou rapports sur papier, antérieurs à l'existence d'Internet (Internet est apparu, je crois, au milieu des années 90), s'ils existent, et qui présenteraient des évidences fondant cette thèse.
Que faut-il en penser ? : « Après la “libération” [l’occupation du Tibet par les troupes chinoises, ndt], des serfs rapportèrent explicitement que des lamas avaient pratiqué des sacrifices humains rituels incluant l'enfouissement d'enfants de serfs, vivants, pendant les cérémonies de consécration des fondations de monastère. Certains de ceux qui avaient été préalablement des serfs [sous le joug féodal et lamaïste] témoignèrent qu'au moins 21 personnes avaient été sacrifiées par des moines en 1948 dans l'espoir d'empêcher la victoire de la révolution maoïste. »
in : Revolutionary Worker #944, February 15, 1998 When the Dalai Lamas Ruled: http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet1.htm
Deux autres articles en ligne existent qui font suite au précédent ; http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet2.htm et http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet3.htm
Texte original en anglais : « After liberation, serfs widely reported that the lamas engaged in ritual human sacrifice--including burying serf children alive in monastery ground-breaking ceremonies. Former serfs testified that at least 21 people were sacrificed by monks in 1948 in hopes of preventing the victory of the Maoist revolution. »
in : Revolutionary Worker #944, February 15, 1998 When the Dalai Lamas Ruled: http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet1.htm
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