Essais & fictions spéculatives sur le bouddhisme contemporain
Ces pages web explorent librement, et de manière très personnelle, l'imaginaire de la nouvelle relation du bouddhisme (ou plutôt des bouddhismes) et de l'Occident.
Voici un assemblage de textes composant une fiction en ligne. Il s'est construit à partir d'un web-forum interactif dont l'adresse est donnée dans le menu ci-dessus, et dont certains contenus ont été adaptés à la forme du présent weblog.
Car si la réalité dépasse souvent la fiction, l'auteur ne prétend pas à la vérité dans ce domaine qui appartient tout autant à la vie imaginaire qu'à la vie pratique. Une couleur, un point de vue se dégagent clairement de ces pages web et l'auteur ne postule pas à une impossible neutralité dans ce champ ambigu de la passion spirituelle. Il s'agit bien pour ces modestes pages d'une auto-fiction qui bénéficie ainsi de la liberté d'expression romanesque. Ah ! La sérénité fait vraiment couler beaucoup d'encre...

Le
récit "Sept ans au Tibet" de Heinrich Harrer
adapté
à l'écran en 1997 par Jean-jacques Annaud,
avec
Brad Pitt dans le rôle de l'alpiniste du régime
nazi et
Jamyang Jamtsho Wangchuck dans celui du dalai lama.
L'image sereine du bouddha ou le principe de plaisir
Libérateur, apaisant, bienfaisant, bienveillant : le bouddhisme dispose d'une excellente image en Occident, où son implantation est récente. Il y a cependant plusieurs bouddhismes et certaines formes plus dévotionnelles ou répétitives sont aujourd'hui mieux comprises. En particulier on se demande désormais si le tantrisme bouddhique ne pourrait pas, ici ou là, comporter des dimensions addictives. Sa pratique loin de libérer des "attachements" serait-elle en fait dans ces cas une nouvelle forme de dépendance, plus subtile, mais aussi plus insidieuse ? Nous ne prétendons pas donner de réponse simple à cette question plurielle. Et le débat est ouvert.
L'enthousiasme des débuts est également à prendre avec tout le sérieux qu'on lui doit : c'est un moteur de certaines communautés qui renouvellent fréquemment leur effectif de bénévoles, stagiaires pratiquants et autres travailleurs sans gages (et peut-être sans déclaration à l'URSSAF ?). Que deviennent les adeptes après l'enthousiasme des débuts, s'investissent-ils autant ? S'investissent-ils autrement ? Connaître les réponses à cette question nous permettrait de comprendre comment fonctionne l'adhésion des nouveaux sympathisants, puis des adeptes de plus longue date, et peut-être d'envisager une dépendance (ou une indépendance) évolutive dans le temps...
Pour certains nouveaux adeptes de la religion bouddhiste (ne généralisons pas), il y a un statut, une identité apparente, à affirmer et à maintenir. L'affirmation d'une "personnalité bouddhiste" a ses couleurs et ses qualités mais elle est aussi une pose, une expression de l'ego, un masque social (persona). Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège de la discrimination sur la base de l'appartenance religieuse, et à rester dans l'examen attentif et bienveillant des pratiques sociales.
Une dépendance ordinaire en somme ? [Ce sont sans doute les plus tenaces...]
Mais
alors est-ce si grave, est-ce un sujet particulier de
préoccupation,
si après tout de nouveaux adeptes du styles de vie
bouddhistes
ne sont ni plus ni moins égocentrés que leurs
contemporains ?
C'est
une interrogation essentielle, car on sait à quel point nos
contemporains et nous-mêmes sommes accrochés au
maintien
de notre image sociale, de nos accessoires en somme.
Certains
styles de vie qualifiés à tort sans doute de
"bouddhistes" seraient-il eux aussi un costume de l'ego, un
habitus !? Et certains adeptes (sans généraliser,
ni
discriminer) de cette persona bouddhiste lui seraient-ils tout aussi
attachés que nos concitoyens le sont à des images
statutaires plus répandues ?
Les pratiques sociales ou principe de réalité
C'est ce que ce développement souhaite modestement accomplir : "démythifier" (démystifier) ce récent phénomène social et prévenir les visiteurs des déceptions éventuelles avant qu'ils ne s'engagent parfois durablement. Ces anecdotes critiques qui ont pu être citées, ici et là ne visent pas à salir ou à troubler l'image d'une religion qui nous est à tous plutôt sympathique, mais à réveiller les attentions de nos visiteurs qui se laissent tenter par le "beau voyage spirituel" sans en interroger les pratiques réelles.
Il
faut nécessairement interroger la
réalité des
pratiques sociales du bouddhisme aujourd'hui, et ne pas fermer les
yeux sur les dérapages, c'est il me semble le message que
chacun à sa manière a pu apporter sur les
colonnes de
ce portail. Et si un groupe, ou un instructeur, voir un
élément
de dogme ne passe pas le test, un bon conseil, je crois, est de
passer son chemin et d'aller voir ailleurs, voire de faire son chemin
seul s'il n'y a pas d'autre voie sûre. Le plus essentiel pour
les nouveaux qui découvrent ces écoles
initiatiques du
bouddhisme est d'éviter de couper la branche de leurs
relations sociales actuelles sur laquelle ils sont assis au profit
d'une adhésion socialement coûteuse et
décevante
(par exemple à un mandala de practitioners tantriques qui
pourrait le leur suggérer implicitement sans leur offrir
vraiment de projet stable en retour).
En bref, être au
moins aussi "picky" et "choosy", c'est à
dire aussi pointilleux pour le choix de son école bouddhiste
que pour le choix de sa prochaine auto ou de son prochain
écran
plat de télé !! Vous comprendrez, je crois, le
second
degré de cette suggestion. Nous développons des
trésors
d'ingéniosité pour faire des achats quotidiens,
allant
jusqu'à examiner les modèles d'autocuiseurs ou de
fer
à
repasser dans des magazines qui les ont testés, ou allant
jusqu'à comparer leurs prix grâce à des
comparateurs sophistiqués sur Internet. Or pour le choix
d'une
école spirituelle, ou d'une nouvelle religion minute, ce qui
est quand même autrement plus important et
sérieux, nous
fermons les yeux, disons "bouddha, que ta volonté soit
faite !", prenons naïvement tous les risques d'être
floués ou déçus, et
décidons à
chaud sans savoir dans quoi nous nous engageons. Puisque la
quête
du bouddha est devenue le grand spiritual supermarket que nous
savons, je suggère d'appliquer les règles et les
exigences que nous avons pour le supermarché quotidien de
nos
désirs, règles basées sur l'examen
attentif, la
comparaison critique, l'élimination sans
hésitation des
options moindres, et le refus du moindre doute et de la moindre
anomalie !
A
quand un "Que Choisir ?" consacré au bouddhisme ?!!
Mais un modèle passerait-t-il le test avec plus de dix sur
vingt ?!! Et où est la garantie, la
responsabilité du
fournisseur ?!! On le voit ce type d'approche permet de comprendre
que certaines écoles bouddhistes font supporter à
leurs
usagers tout le poids de leurs responsabilités
institutionnelles au lieu de les assumer. Au final la
responsabilité
de l'échec, de la déception voire de l'abus
éventuel
est toujours supporté par l'usager et jamais par
l'institution
au nom du sacro-saint "karma", bien utile pour dédouaner
l'institution de la moindre responsabilité.
Il
me semble que nos contemporains n'ont pas à faire des
chèques
en blanc à des groupes de cette nature, puisqu'ils ont aussi
des droits, ils doivent pouvoir obtenir le "satisfait ou
remboursé" de diverses manières, ainsi qu'une
compensation convenable si les choses tournent mal, ou si l'on a
abusé en retour de la confiance qu'ils ont offert !
"Pas
d'éveil spirituel obtenu par cet élève
bouddhiste après vingt ans de pratique dans cette
école
?! Remboursez et compensez pour le non respect des promesses
marketing !!! " Comme chez Darty ! La bouteille de champagne en
prime.
Quel
paradoxe
! :
Les
modèles de lecture du monde ne restituent pas vraiment cette
image complète de l'expérience, de la
réalité
telle qu'elle est, avec sa souffrance, son potentiel positif
etc.
C’est
sans doute, comme il a souvent été
noté, la fin
des idéologies, le
déclin de ces approches en
"-ismes" qui ont eu légitimement sans doute leur
heure de gloire et leur importance : christianisme, positivisme,
matérialisme, marxisme, etc. Le dernier en date à
s'être exposé puis
désenchanté étant
peut-être le bouddhisme.
Il
me semble qu'aujourd'hui nous commençons à mieux
percevoir en quoi toutes ces idéologies mutuellement
exclusives (le bouddhisme étant l'une des
dernières
à
avoir eu du succès en Occident avec l'effet dalaï
lama)
ne seraient plus les outils de l'esprit satisfaisants pour notre
époque. C’est du moins mon impression.
Notre
époque connaît un peu mieux l'accès
à
l'information en temps réel, à l'Internet, les
technologies et les sciences qui pénètrent plus
profondément la réalité, et surtout
les enjeux
planétaires, l'urgence de réfléchir
à sa
survie, ainsi que la place de la Terre dans l'univers.
Tout
cela fait voler en éclat les idéologies, qui sont
trop
"petites", trop "étroites", trop
simplistes pour rendre compte de la complexité et de
l'ouverture extraordinaire des esprits aujourd'hui.
Voici
la conclusion du livre en ligne gouttes
de rosée au jardins du lotus qui
évoque aussi cette
question :
"Quel
paradoxe : la recherche de la sérénité
pourrait-elle aussi connaître, comme d’autres
traditions,
certaines tentations de se clore ? Le message du bouddha servira-t-il
alors de dogme et non plus de gnose ? La fontaine orientale des
mystérieuses pratiques de méditation
coulera-t-elle
encore, ou est-elle déjà
pétrifiée ? Des
écoles qui sont à bout de souffle en Asie
peuvent-elles
encore promouvoir un humain en révélation
progressive,
et accepter les individus d’aujourd’hui ?
L’humanité,
dans sa complexe, diverse et foisonnante évolution,
échappera-t-elle à l’idée
théâtrale
d’une félicité jalousement
gardée par des
maîtres à penser revêtus d’une
longue
épitoge ? Selon nous, la quête essentielle passe
par
soi, par les autres, et n’a pas besoin de grand
décorum...
La
perte d’audience des bouddhismes en Asie, le
déclin
probable, sinon inévitable, de leur mode en Europe, ne sont
donc pas seulement le fait de l’apparition progressive
d’un
monde plus scientifique, plus technologique et plus informé.
Comme l’écrit le prix Nobel de
littérature V.S.
Naipaul (cité en 2002 par l’hebdomadaire Newsweek)
au
sujet de la quête humaine du bonheur : «
l’idée
de l’individu, de la responsabilité, du choix, de
la vie
intellectuelle, de la vocation, de la perfectibilité et de
l’accomplissement : c’est une idée
humaine
immense. Elle ne peut pas être réduite
à un
système fixe. Elle ne peut pas générer
du
fanatisme. Mais on sait qu’elle existe et, à cause
de
cela même, les autres systèmes plus rigides
éclatent
finalement...»
Que des systèmes bouddhiques rigides éclatent déjà sous la pression de leurs schismes et de leurs contradictions, la statue admirable sourit... comme si de rien n’était."
Recompositions communautaires
On retrouve aussi, ici et là, des dérives communautaires dans d'autres religions aujourd’hui, du fait de la montée en puissance de tentations néo-fondamentalistes et de replis, voire de crispations. Le bouddhisme, c’est du moins ce que j’ai crû découvrir parfois au sein de certaines mouvances du tantrisme en particulier d’origine himalayenne, ne fait hélas pas exception. Mais ces crispations identitaires sont sans doute moins alarmantes que dans d’autres religions. Cependant au sein du bouddhisme d'origine himalayenne les tentations du pouvoir shamanique et de "l'hubris" symbolique des « protecteurs courroucés » sont fortes désormais en Occident. Lorsque la soumission à l'autorité, la fusion dans le groupe et le poids des rituels s'ajoutent à ces possibilités d'intimidation par l'image effrayante des gardiens courroucés, c'est tout le message du bouddhisme qui est dénaturé. Cette inversion du sens est très décevante pour les Occidentaux pour lesquels « bouddhisme » rimait encore récemment avec « idéalisme », c'est-à-dire avec paix et non-violence. Avec les pratiques rituelles et les images courroucées venues des himalaya le bouddhisme a mis un tigre dans son moteur en Occident, mais il a peut-être déclenché plus sûrement encore sa désaffection, car les Européens attendaient une voie de sagesse et de sérénité, et ne se satisferont probablement pas en son lieu et place de l'ambiguïté de cultes à l'imagerie sanguinaire...

Photo ci-dessus : Mahakala, protecteur courroucé. Son culte rituel flamboyant est souvent célébré quotidiennement dans des "centres du dharma" d'origine himalayenne. Il tient un crâne rempli de sang, brandit un grand couperet affûté, arbore son collier de têtes fraîchement tranchées et piétine des silhouettes humaines.
Objectifs du site
Une lectrice
attentive qui suggérait des éclaircissements sur
le
profil de l'auteur nous a demandé aussi d'expliquer le but,
l'objectif, la raison d'être de ce site. Et je suis confus,
en
effet, de ne pas avoir pensé à
l'écrire,
simplement, à l'usage des internautes qui ouvrent ces pages
au
hasard, parfois, d'une recherche par mot-clef sur un moteur.
J'ai
mis en ligne ces contenus, qui comprennent d'ailleurs beaucoup de
brèves citations d'autres auteurs, pour informer les
personnes
nouvellement intéressées par le bouddhisme des
zones
d'ombre que comportent aujourd'hui certaines des pratiques dites du
néo bouddhisme. Ce travail n'ayant pas
été,
à
notre connaissance, fait à fond par les prescripteurs, les
enseignants, les directeurs et les animateurs d'écoles de
méditation, sans doute effrayés à
l'idée
de montrer les aspects moins attractifs de certaines propositions
spirituelles.
C'est
parce que les
sites sur le bouddhisme montrent d'abord l'aspect prometteur,
séduisant du bouddhisme que j'ai
délibérément
dédié ce site à des aspects moins
engageants,
afin d'établir une sorte de contrepoids, d'effet de
balancier,
et que chacun puisse se faire une idée plus
informée et
contrastée, et élaborer son propre point de
vue.
En mettant en perspective les sites de promotion du bouddhisme avec
les sites à tonalité critique listés
dans la
page des "liens bouddhisme"
http://bouddhismes.info/6.html
Chacun devrait pouvoir se faire une image plus équilibrée et réaliste de ce phénomène social. Peu d'écoles bouddhistes incitent vraiment à la prudence, en montrant tous les risques, car elles sont structurées pour fédérer, et non pour repousser d'éventuelles adhésions. En revanche, par son indépendance, par l'absence de projet ou d'activité commerciale en relation avec le bouddhisme et de lien avec ses promoteurs, ce site peut adopter un ton libre et traiter les problèmes sans fausse pudeur.
A qui ces pages s'adressent-elles ?
Ces
pages Web sont en particulier destinées à ces
personnes
jeunes et idéalistes, prêtes parfois à
tout
quitter et à s’engager dans le tantrisme
bouddhique,
voire dans une retraite collective de trois années, sur un
coup de cœur, pour ne pas dire sur un coup de tête.
J’aimerais être certain que celles qui liront ces
textes
auront des éléments concrets pour leur
éviter de
faire des "bêtises", ou tout simplement des choix
prématurés, qu'elles regretteraient plus tard,
comme
quitter abruptement leur emploi stable, se séparer
inopinément
de leur conjoint, voire laisser leurs enfants sans père ou
sans mère à la maison et sans pension
alimentaire, se
couper progressivement de leur réseau, professionnel,
familial, social et amical pour devenir bénévole
dans
un « centre du dharma ».
D'autre part les
personnes qui ont fait des séjours en clinique psychiatrique
à
la suite d'expériences yoguiques difficiles au sein
d'écoles
du tantrisme bouddhique (suite à quelque "retraite"
collective ou individuelle ou à des pratiques mantriques
avec
des visualisations intensives) ne sont pas si rares, l'auteur
de ces pages en a déjà connues plusieurs au fil
de ces
quinze dernières années. Et si ce site, par ses
appels
au discernement, évite un jour ne serait-ce qu'un
seul
incident psychiatrique, il aura plus que rempli son bon office...
Pas
amer
Enfin
à cette lectrice attentive qui avait également
crû
déceler la déception, voire l'amertume d'un
ancien
disciple dans ces pages Web, j'ai répondu ainsi, et
j'espère
que cette réponse ne manquera pas trop de modestie :
"Je
ne suis pas amer, ni déçu, contrairement
à ce
que vous supposez, j'ai eu la chance de découvrir aussi le
bouddhisme dans ses meilleurs aspects, et ces rencontres sont
inoubliables. C'est d'ailleurs parce que j'ai
élaboré
mes grilles de lecture au contact d'excellents exemples que j'ai
parfois comme vous le suggérez la dent un peu plus dure. Oui
:
la confrontation de la réalité et de la
théorie,
comme vous l'écrivez, est intéressante, et
j'espère
que c'est cette impression qui vous restera de ce site..."
Little Buddha est-il une création médiatique ?

राम बम्जन
Le
"little Buddha" du Népal, 2006, vu de loin en
digital video,
il
ne s'agit pas pour autant de cinéma...
Ne concluez pas des paragraphes précédents que l'aventure serait impossible, c'est ce que nous montre un nouveau venu qui fait beaucoup parler de lui, sans dire un mot : on l'appelle déjà little buddha, et ce n'est pas un film...
Little
buddha existe,
je l'ai vu
à
la télé !
(Palden Dordjé, ou राम
बम्जन
Ram
Bahadur Bomjon de son nom religieux, parfois aussi transcrit : Ram
Bahadur Banjan )
J'ai illustré le site de deux photos du "little buddha" du Népal, ce jeune homme (Ram Bomjon) qui médite en samadhi depuis huit mois au pied d'un arbre. On pourra trouver la photo ci-dessus sur cette présente page d'accueil.
En effet la terrible passion religieuse, l’attention énorme portée sur lui, le cercle des curieux autour des deux cercles concentriques de clôtures risque de constituer des obstacles difficiles… Difficile de ne pas se sentir assiégé, il lui faut vraiment une sérénité à toute épreuve…
Mais je dirais que dans l’ensemble cette histoire reste encore intéressante, même si elle risque de verser progressivement dans le sensationnel et ses illusions.
Oui, comme me le disait une amie sur son blog (T., vous vous reconnaîtrez !) la réflexion, c’est peut-être ce qui manque à la force de cette juvénile expérience qui est désormais rendue médiatique…
Mais je garde mon crédit à ce jeune homme, c’est tout ce que je peux lui donner pour l’accompagner, pas grand chose donc : j’essaye juste de voir son pari méditatif de manière positive.
Décidément
notre “little buddha” fait couler beaucoup
d’encre
!Je veux dire par là que ce garçon est net, qu'il
n'est
encore mouillé dans aucun scandale, et que personne n'a eu
à
souffrir de lui, de ses choix, de ses paroles, ni de ses actes. C'est
lui qui prend des risques, il n'en fait pas prendre à
d'autres
en son nom.
Alors je
n'ai aucune raison de
lui refuser le crédit qu'on doit a priori à toute
personne qui se lance, qui essaye, qui prend des risques personnels
pour une cause somme toute estimable et respectable. Et en plus sa
jeunesse fait que je me dois de le traiter avec des égards,
car en plus il a le droit à l'erreur. A seize ans, il a le
privilège de pouvoir essayer, sans que ce ne soit a priori
suspect.
Il a seize ans, et je lui laisse le privilège du doute, et même le droit à un peu d’orgueil lorsqu'il donne des conseils à ses proches sur leur alimentation (il leur a conseillé de s'alimenter de manière végétarienne). Il ne demande ni argent, ni reconnaissance, ni pouvoir : il a commencé tout seul dans cette jungle sombre et un peu hostile, avant d’être rattrapé par la fascination des hommes (il paraît même que la forêt a été défrichée progressivement autour à cause de l’engouement que sa présence a amené).
Sa méditation est publique certes, mais il ne l’a pas recherché. Il est moins public qu’un tulkou qui se hisse sur un trône pour répéter les leçons apprises de son précepteur. Il est assis au creux des racines de cet arbre, en toute simplicité. J’ai une certaine sympathie pour cet esprit des débutants ou des novices qui soulève les montagnes.
Bien entendu le devenir et la caisse de résonance de cette aventure sont des incertitudes supplémentaires pour le jeune méditant. Je crains aussi pour sa santé.
Mais cela ne me déplait pas quand quelqu’un fait quelque chose sans calculer, sans discours, sans blabla. Just sit and meditate : juste s’asseoir et méditer. C’est aussi une belle leçon qu’il donne à tous les bavards dans mon genre.
J’aime bien aussi qu’il ait eu envie de tenter l’aventure du bouddha, lui-même, avec sincérité et en s’engageant vraiment, je respecte cela. J’ai tendance à dire “respect, Monsieur”. Il a dit d'ailleurs qu'il n'était pas un bouddha, et qu'il aspirait à devenir un "bodhisattva"...
A titre personnel j’apprécie le fait que ce jeune homme s’est lancé tout seul, qu’il a été rattrapé par la fascination des autres, mais qu’il continue quand même son chemin seul. Je veux dire par là qu’il n’est pas dans un centre de retraites collectives, qu’il n'a pas besoin de la visite d’un "gourou" pour poursuivre ou orienter son expérience, et qu’il compte sur ses forces et sur la présence d’un jeune parent pour l’assister et tenir à bonne distance les curieux. Le soir à 5 heures, un rideau est placé afin qu'il soit soustrait à la vue du public, et cela jusqu'à 5 heures du matin.
Je
pense que c’est une bonne chose aussi que sur les forums de
sensibilité bouddhiste on montre aujourd’hui les
aspects
illusoires, fascinants de ce phénomène cultuel et
médiatique.
Ce jeune garçon qui médite au
départ sans soutien institutionnel (et qui rallie
aujourd'hui
de nombreux admirateurs inévitablement), montre bien que la
pratique du bouddhisme dépend des qualités de la
personne, des conditions de l'environnement aussi, et que
l'intercession d'un maître spirituel n'est pas un passage
obligé. Mais, il semble que la fascination soit telle qu'un
nouveau culte émerge actuellement. Ce qui risque de
déranger
ce méditant, ou de l'assiéger
littéralement de
passion et d'attention dont il se passerait sans doute fort bien. La
chaîne de télévision Fr2 a
consacré un
reportage d'envoyé spécial à ce sujet
et sans
doute certains l'ont vu aussi à la
télévision
récemment.

Photo
: jeune
homme âgé de 16 ans, surnommé
affectueusement
"little buddha" par le voisinage,
méditant
en samadhi au pied d'un arbre depuis 8 mois, au Népal,
à
300 kms environ au Sud de Kathmandu, 2006.
Aujourd'hui, sans doute las de la publicité et de la
pression
médiatique et mercantile, Ram Bahadur Bomjon a
"déménagé"
vers des contrées plus tranquilles, lointaines et profondes
de
la jungle népalaise, loin des lamaseries, des
échoppes
de souvenirs et des objectifs des caméras vidéo,
juste
accompagné de quelques proches, afin de poursuivre
tranquillement son aventure spirituelle sans la dénaturer...
Comme on le devine peut-être
(?) sur la photo ci-dessus notre
little buddha sort de
temps à autre de l'absorption profonde pour ouvrir les yeux,
sourire un instant comme s'il passait d'une expérience de
réalité à une autre, et revient vers
le samadhi.
Personnellement
je ne suis pas tout à fait convaincu qu’il ne
mange, ni
ne boive, ni n’aille à la toilette comme il est
dit. La
question de savoir s'il se nourrit ou s'il se réhydrate est
sans doute secondaire d’un point de vue des idées
ou de
son message d’éveil spirituel, même si
elle
devient un sujet aussi de fascination pour les medias. En tout
état
de cause s'il s'alimente ou se réhydrate (ce qui serait bien
normal d'ailleurs et sans doute indispensable !) il semble le faire
très discrètement, au point que personne ne le
voit ni
boire, ni manger, ni aller à la toilette.
A
titre personnel cela me fait plaisir de voir que l'aventure
authentique de la méditation reste possible sans aucune
interface institutionnelle, même si de nouveaux marchands du
temple sont déjà aguichés par le
nouveau jack
pot d'un "bouddha vivant" et que le monastère local
est fier de cette nouvelle légitimité (c'est tout
à
leur honneur) et de cette nouvelle pertinence en s'associant
à
l'initiative individuelle du jeune homme en méditation...
Les médias occidentaux aussi, qui vendent de l'espace
publicitaire aux annonceurs, se saisissent aujourd'hui de cette
nouvelle insolite. Histoire de prendre le train de l'éveil
en
marche pour gagner quelque argent avec la fascination collective pour
celui... qui a justement renoncé à l'argent.
La force et le courage discret de l'initiative de ce très jeune homme sont des facteurs encourageants, et - éveil complet, relatif ou conscience ordinaire au bout de son chemin - il nous a déjà tous fait avancer par son exemple si modeste et si humain. Le tout est qu'il ne force pas et garde sa santé. Car même au nom de l'éveil, la préservation de la vie reste toujours la priorité.
Franchement il m’a "épaté", et c’est agréable aujourd’hui d’être étonné par tant de simplicité. En revanche son statut d'enfant de milieu modeste, issu d'un pays pauvre lui vaut sans doute la condescendance d'Occidentaux en quête d'une image idéale du bouddhisme, ou plutôt d'une image statutaire, valorisante de cette quête spirituelle. Le modeste lieu de méditation dans la forêt, la robe de coton un peu passée, la fine poussière sur le corps, l'entourage humble de ses voisins qui le soutiennent et le protègent des intrusions, agissent sans doute inconsciemment pour repousser certains Européens. Ils ont recours à une certaine dévalorisation du jeune homme népalais, allant jusqu'à réduire (je l'ai lu), ses qualités à celles de l'arbre qui l'abrite, ou à invoquer l'argument de la foire à la spiritualité, de l'exploitation commerciale pour le déconsidérer, non sans une certaine cruauté. En réalité c'est un peu des rapports pays riches / pays pauvres qui se jouent ici. Des Européens des classes moyennes considèrent le bouddhisme comme un signe de standing et de distinction sociale en Occident. Alors ne voient-ils pas (sans sans rendre compte) d'un mauvais oeil cet enfant asiatique issu d'un milieu modeste et d'un pays pauvre s'asseoir spontanément plus de douze heures par jour en samadhi sous un arbre ? Pour les Occidentaux des pays riches, en dépit de leurs gadgets de méditation, de leurs coussins spéciaux, de leurs centres du dharma clinquants, le "samadhi" c'est encore une promesse vague, et l'éveil juste un sujet de conversation sur les forums... Cet adolescent asiatique qui pratique aisément et dans une pauvreté totale est pour eux, et leur coeur parfois desséché par le confort, une terrible gifle. Ou plutôt le jeune Népalais leur tend un miroir étincelant pour qu'ils s'y voient, mais ils n'aiment pas le reflet peu flatteur et très exact qui leur est ainsi restitué.
Alors je croise les doigts pour que son aventure lui apporte le meilleur, et pour que le reste lui soit épargné, c’est un voeu pieux, mais ne faut-il pas se laisser étonner par les jeunes, lorsqu’ils manifestent beaucoup de mérite et de courage ?
Et puis quand il en aura assez de la foire autour, il fera le nécessaire : s’arrêter, continuer, déménager un peu plus loin des projecteurs et des admirateurs… Pas si facile… Il verra bien…
राम बम्जन
Pour en savoir davantage lire l'article détaillé de Wikipedia (en anglais, et qui comporte en-bas de sa notice de nombreux liens utiles) :
http://en.wikipedia.org/wiki/Ram_Bonjom
Et ces articles trouvés sur des sites et des blogs francophones :
http://www.marianne-en-ligne.fr/exclusif/virtual/bizarre/e-docs/00/00/52/49/document_web.phtml
http://www.planetpositive.ch/version_2_0/news/articles/1560/des_nouvelles_de_ram_bahadur_bomjon.html
http://french.epochtimes.com/news/5-11-30/3074.html

Et pendant ce temps राम बम्जन Ram Bahadur Bomjon (Palden Dordjé) médite...
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Fictions spéculatives par Marc Bosche, copyright 28 mars 2006. Textes sous licence Creative Commons (copie autorisée pour usage non commercial). L'éditeur ne peut assumer aucune responsabilité éditoriale pour les liens externes proposés, ne connaissant pas nécessairement les arrières plans et les contextes des sites vers lesquels ces liens pointent depuis la présente page. Le fait de citer ces sources externes ne signifie pas que l'éditeur soit en accord avec toutes les opinions exprimées par ces sites externes vers lesquels des liens pointent.